Mystère au camp

Directives
Première partie pour le premier soir
Deuxième partie pour le second soir

Adapter ce conte pour que le nombre de jeunes et d'animateurs soit identique à celui de votre groupe. Adapter aussi la configuration des lieux pour aller au dortoir afin qu'elle soit aussi identique à l'endroit où vous êtes, ainsi que le nom de l'animateur qui a reçu la lettre et du groupe qui vit le camp, bien sûr.

Trucage : avoir une radio-cassette et une cassette vierge. À la fin de la cassette, enregistrer des bruits : pas trop longtemps pour que si les jeunes montent vite au dortoir, qu'ils ne voient pas la radiocassette fonctionner. Essayer aussi de prendre d'autres personnes que les animateurs pour faire les bruits de fantômes pour qu'ils ne reconnaissent pas les voix.

Pour que ça fonctionne bien :
Ne pas mettre la radiocassette trop en évidence : il faut qu'elle se fonde dans le désordre du dortoir.
Évidemment, mettre la radiocassette en marche quand il n'y a plus personne dans le dortoir.
Dès que la radiocassette est en marche et que l'on commence à raconter l'histoire, il est impératif que PERSONNE (aucun jeune, aucun animateur) ne monte au dortoir.
 

Mon nom est Véronique Demers. Ce que je vais vous raconter, c'est ce qui est véritablement arrivé lors d'un camp de fin de semaine de la 136e troupe de Québec, dirigé à l'époque par France Rivard.  À cette époque, j'étais une nouvelle animatrice dans ce groupe. À ce titre, c'est moi qui devais tenir le livre de bord. Lorsque vous m'avez appris que les Exploratrices du 5e groupe de Coaticook allaient tenir un camp avec comme thème " Les détectives ", j'ai tout de suite eu l'idée de vous communiquer cette histoire vécue. Elle s'est produite pendant un camp de fin de semaine semblable au vôtre. Je vais essayer de vous donner tous les détails, tels que consignés dans le livre de bord. Précisons tout de suite, dans les Jeannettes, les groupes que vous nommez Réseaux se nomment "Rondes".

Ce que je vais vous raconter est une singulière aventure qui mit en évidence les qualités extraordinaires d'une de nos Jeannettes. Bien qu'elle-même ne soit pas d'accord pour dire que ces qualités soient exceptionnelles.

Commençons par le début.

Le camp se tenait dans une ancienne école sise sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Le propriétaire aimait beaucoup louer cet édifice aux groupes scouts. Il nous la louait vraiment pour un prix très bas.

Il y avait douze Jeannettes et deux animatrices qui participèrent à ce camp. Nous avons tenu notre première réunion le vendredi soir. La réunion a commencé avec un léger retard, France, l'animatrice responsable, arrivant avec une petite demi-heure de retard et tenant à enlever tout de suite des taches sur son manteau tandis qu'elles n'étaient pas encore séchées. Elle surgit d'un coup dans la salle où nous étions, nous montra en détail les taches pour justifier de nous faire poiroter encore un peu et alla finalement à la salle de bain où elle nettoya son manteau.

Lorsqu'elle revint, elle commença à nous expliquer le thème de notre camp et les diverses activités de la fin de semaine. Ce fut à ce moment que des choses étranges commencèrent à se manifester. Il faut dire que cette ancienne école où nous tenions notre camp commençait depuis un an ou deux à avoir la réputation d'être hantée. Ce n'était pas la première fois que ces "manifestations" se produisaient. Depuis deux ans que les troupes scoutes venaient y tenir des camps, il y avait presque chaque fois de ces blagues et des rumeurs que quelque farceur utilisait pour faire des peurs à ses copains. Cela faisait maintenant partie du folklore, des blagues habituelles des scouts qui venaient à cet endroit. Jusqu'ici, ces farceurs s'en étaient toujours bien tirés, car on n'attrapait jamais les coupables de ces petites blagues, et on ne savait pas comment ils s'y prenaient.

Cette fois-ci ne fit pas exception. Alors que France nous expliquait les consignes de camp et les activités de la fin de semaine, on entendit un bruit sourd provenant du dortoir. Les filles sursautèrent et quelques-unes laissèrent échapper de petits cris. France tenta de calmer tout ce monde. Mais rien n'y fit. Toutes les filles, mi-amusées, mi-apeurées, s'amusant à avoir peur en fait, toutes ne parlaient que des fantômes et des revenants qui allaient au mieux leur chatouiller les orteils durant la nuit, au pire les emporter dans le monde des revenants. France décida de lever le ton au moment où on commençait à proposer de dormir dans la salle à dîner ou même dans les toilettes.

- Ça suffit, on se calme, dit l'animatrice. C'est simplement quelque chose qui est tombé parce qu'il était en déséquilibre. C'est tout.
- C'est un fantôme, répondit une petite voix, je le sais, mon frère, qui est déjà venu ici le mois passé m'a prévenue avant de partir. Il a dit que des fantômes se promenaient dans l'édifice et qu'ils faisaient tout un chahut.
- Moi aussi, dit une autre Jeannette, pourtant une grande fille, moi aussi mon frère scout vient depuis deux ans. Et il y a toujours quelque chose de bizarre qui se produit.
- Voyons, répondit Maryse, la petite nouvelle qui s'était jointe deux mois avant à la ronde. On ne doit pas croire tout ce qu'on dit, en particulier venant d'un frère farceur. Il y a une explication logique à tout ce qui arrive et les fantômes en sont certainement exclus. D'ailleurs, il faut toujours...

Un long cri coupa la voix de la jeune Maryse. On entendit une longue plainte stridente, accompagnée de bruits éclatants, comme si on frappait sur une casserole.

Cette fois, personne ne riait. Personne ne bougeait non plus. Toutes étaient figées par ce cri, entièrement absorbées par la peur qui montait. Il y eut ensuite des chuchotements, un petit rire et, finalement, un claquement. Ensuite, plus rien.

- Ce n'est plus drôle, dit l'animatrice. C'est sûrement une de ces blagues qu'on fait à tous les camps dans cette maison. Qui est-ce qui se cache dans le dortoir ?
- Elles sont toutes ici, répondis-je. Il n'y a personne d'autre dans la maison.

Un frisson parcourut l'assemblée. Plus personne ne riait. Silence÷

France savait que c'était une brève pause avant que la frénésie s'empare de toutes. Il fallait prendre les devants et décider quelque chose avant que les filles ne soient vraiment inquiètes.

- OK, OK, dit l'animatrice. Nous allons toutes voir dans le dortoir et nous constaterons que, justement, il n'y a rien.

- Il y a sûrement quelque chose, mais pas un fantôme, ajouta la petite Maryse Tremblay.

Les Jeannettes hésitèrent, puis décidèrent que c'était une bonne idée. Elles n'aimaient pas trop l'idée d'être obligées de retourner dans le dortoir, à la fin de la soirée, sans être sûres que des revenants ne traîneraient pas dans quelque coin.

Elles se mirent en file et suivirent France qui feignait d'être brave. Je fermais la marche. Il était remarquable que seule la petite Maryse semblât réellement tout à fait sûre d'elle-même. La file monta l'escalier, tourna sur la gauche, monta encore quelques marches et s'avança dans le corridor et arriva à la porte, sur la droite, de la grande pièce qui servait de dortoir. Les Jeannettes entrèrent une à une, hésitantes, les yeux grands ouverts.

Inutile de vous dire, Madame Moreau, à quel point la Ronde était tendue à ce moment. Pour ma part, je ne parvenais pas à croire que nous étions en train de faire une chasse aux fantômes. Je ne sais pas comment se passent vos camps, mais les miens en tout cas n'étaient pas habituellement de ce style. Mais je continue mon récit en espérant que vous ne trouvez pas ma lettre trop longue

Nous sommes donc toutes entrées. Mais il n'y avait rien. Rien qui ne semblait expliquer les bruits entendus. On regarda dans les coins, derrière les portes, rien nulle part. Il y avait les matelas recouverts des sacs de couchage, il y avait les bagages, les sacs à dos, ici une caméra, là une radiocassette, des lampes de poches et quelques valises ouvertes répandant des chandails et des pyjamas. Tout ce que les Jeannettes avaient eu le temps de faire avant d'être appelées au rassemblement, c'était de déposer leur bagage et de préparer leur lit. Bref, il y avait ce petit désordre hâtif, un petit désordre ordinaire pas particulièrement hanté. Aucun fantôme ne flottait, aucune table ne dansait, et aucun monstre ne se cachait dans les armoires. Toute la ronde était là, tendue, immobile, lorsque soudain, un rire se fit entendre.

C'était Maryse qui riait aux éclats. " Vous devriez vous voir, c'est très rigolo ! Vous êtes toutes blêmes et tendues. On dirait vraiment que vous aviez peur de rencontrer Barbe bleue avec sa tête sous le bras. "

- Hum, tu fais la brave, toi Maryse, mais je suis sûre que tu avais peur toi aussi, dit Roxane, une très grande fille tout près d'elle.

Depuis que Maryse était entrée dans les Jeannettes, Roxane ne cessait de se moquer d'elle en toutes sortes d'occasions. En particulier en raison de sa petite taille, qui était encore plus petite en comparaison de la grande taille de Roxane.

- Pas du tout, je ne savais pas, avant d'entrer dans cette pièce, ce qui s'était passé. Mais je n'avais pas peur. Je ne crois pas aux fantômes.
- Je ne te crois pas, répliqua Roxane. D'ailleurs, je pense que personne...

Mais elle fut interrompue par France : " Un instant ! Maryse, tu as dit que tu ne savais pas ce qui s'était passé avant d'entrer dans cette pièce. Qu'est-ce que ça veut dire ? "

- Tout simplement qu'avant, il me manquait des indices pour savoir ce qui s'était passé.
- Et maintenant ?
- Oh, maintenant, c'est évident, répondit Maryse.

Les jeunes compagnes de Maryse se mirent à rire ; elles trouvaient enfin un moment de détente après la frousse qu'elles venaient de connaître.

- Comment peux-tu dire cela ? demanda encore France.
- Mais en regardant dans la pièce, répondit Maryse.
- Voyons Maryse, nous avons regardé partout et nous n'avons rien vu. Il n'y a ici que les bagages et les sacs de couchages, les trucs que nous avons apportés et que surtout personne n'a touchés depuis que nous sommes descendues dans grande salle.
- C'est vrai, dit Maryse.
- Penses-tu que quelqu'un se cachait ici ? demandais-je.
- Non, Véronique, personne ne se cachait ici. Quoique d'une certaine façon...
- Allons Maryse, dit France, cesse de faire croire que tu sais quelque chose que nous ne savons pas. Nous avons toutes été ensemble, nous avons toutes vu les mêmes choses. Il suffit de voir que notre petite enquête a bien montré qu'aucun fantôme et qu'aucun revenant ne se cache ici.
- Justement, dit une Jeannette de sa voix tremblante, les fantômes sont partis, mais les revenants, eux, ils reviennent.

Toutes se mirent à rire, non sans se jeter quand même de petits regards inquiets.

- Bon, vous voyez bien les filles qu'il n'y a rien à voir ici, dit France. Personne n'a rien vu et il n'y a rien ni personne qui a crié ni fait du bruit.
- Si, répondit Maryse.

- Voyons, dit France, il n'y a que nous ici. Tu sais bien que nous étions toutes ensemble dans la salle quand on a cru entendre crier et frapper. As-tu vu quelqu'un crier ou faire du bruit ?
- Non, je l'ai entendu.
- Et tu es certaine que ce cri venait du dortoir ?
- Oui, répondit Maryse.
- Donc, il y avait quelqu'un dans le dortoir, quelqu'un de l'extérieur ? demanda France.
- Non, pas nécessairement, répondit la jeune fille. Je pense que c'est l'une d'entre nous.
- Donc, dit France, tu crois qu'une des filles présentes dans la grande salle ait pu être à l'origine des bruits dans le dortoir.
- Oui, dit Maryse.

Toutes les autres filles se mirent à rire.

- Ça suffit les filles. On ne se moque pas. Maryse a eu un peu peur comme vous toutes, et elle est un peu confuse. C'est normal.
- Mais non, je vous assure, répondit Maryse.
- Voyons Maryse, ce que tu dis ne tient pas debout !

Cette fois, le ton de France était sans réplique. Elle en avait assez entendu pour la soirée.

- Excusez-moi, France, je voulais juste aider.
- Ça va dit France, la voix adoucie. Ce n'est pas de ta faute. Je ne suis pas patiente aujourd'hui. J'ai eu quelques petits problèmes, mais c'est fini.
- Oui, je sais. Je suis sûre que le vétérinaire prendra bien soin de votre chat. Et puis, cette crevaison tombait bien mal !
- C'est bien vrai, dit France. Allons les filles, toutes dans la grande salle, nous continuons la réunion.

À voix basse, France me dit "heureusement que les matelas sont directement posés par terre. Sinon, elles imagineraient des monstres sous tous les lits !". Les Jeannettes sortirent et se rendirent dans la salle de réunion. Elles étaient encore fort énervées mais parlaient peu. En tout cas, se disait France dans le couloir, elles savent qu'ils n'y rien pour les déranger dans ce dortoir. Pourtant, quelque chose dérangeait encore France, il y avait quelque chose qui la chicotait, mais elle ne pouvait mettre le doigt dessus.

La réunion se poursuivit et, avec l'annonce des activités de la fin de semaine, la plupart oublièrent ces absurdités et ces calembredaines. Mais quelque chose chicotait toujours France. Bientôt vint l'heure d'envoyer tout ce beau monde au lit. Elles y allèrent sans rechigner, en plaisantant même, au sujet de leur peur ridicule de la soirée.

Lorsque nous, les animatrices, nous nous retrouvâmes seules, nous poussâmes un soupir de soulagement. " Ouf, nos petites Jeannettes sont toutes allées au lit sans faire de chichis ".

- Je te le dis, Véronique, à un certain moment, j'ai bien cru qu'elles ne remettraient pas les pieds sur terre, dit France. Surtout quand la petite Maryse se mit à faire des blagues dans le dortoir.
- Oui. Mais il faut avouer qu'elle a tout un aplomb et une bonne dose de sang froid. Je l'ai observée, et elle semblait réellement calme, sûre d'elle-même. Mais je ne pouvais la laisser continuer à charrier cette histoire. Je n'ai d'ailleurs pas très bien compris ce qu'elle voulait dire.
- Oui, elle disait qu'elle savait ce qui avait fait ce raffut dans le dortoir. Mais il n'y avait rien de spécial dans le dortoir, personne ne s'y cachait.

Un silence suivit ces propos, tandis que nous nous perdions dans nos pensées. France, quant à elle, ne cessait de ressasser cette conversation avec Maryse. La jeune fille avait dit quelque chose qui la tracassait, mais elle ne parvenait pas à savoir quoi.

Pour ma part, j'aurais bien écouté un peu plus de musique, mais la radiocassette était dans le dortoir des filles. Je me disais qu'il valait mieux ne pas aller les déranger. Nous nous sommes endormies peu de temps après.

Ainsi, Madame Moreau semblait s'achever cette première soirée de notre camp. France me réveilla toutefois dans la nuit en sursautant. Avait-elle entendu quelque chose ? Non, rien, me répondit-elle. Je lui demandai l'heure. Elle regarda sa montre, 3h00 du matin. C'était, ajouta t-elle, exactement douze heures plus tôt, à trois heures de l'après-midi, qu'elle était partie pour le camp, en faisant un détour par le vétérinaire pour faire examiner Mack, son chat qui ne mangeait plus depuis deux jours. Quel chat ingrat qui s'était blotti dans les bras du vétérinaire en ronronnant quand elle était repartie pour le camp ! Il valait bien la peine de faire un tel détour, faisant une crevaison en chemin, pour constater que son chat ronronnait dans les bras du premier venu. France ruminait ces pensées qui la ramenaient doucement vers le sommeil. Mais au moment de s'endormir, elle sursauta à nouveau et me dit : " C'est ça, c'est ça qui me tracasse ! "

- Quoi ? répondis-je, à demi endormie.
- Oui, la petite Maryse, elle m'a parlé de mon chat et de ma crevaison.
- Mmmmhhhhhhh... grognai-je, elle est bien gentille, maintenant, France, laisse-moi dormir.
 

(Fin de la première partie)

Deuxième partie :

Texte de rappel
Hier, nous nous sommes arrêtées au moment où tout le monde s'est endormi après une soirée bien animée. Animée au point où l'animatrice responsable, France, a eu un sommeil agité et a réveillé sa collègue animatrice, Véronique (celle qui m'a écrit ce message). Ce qui tracassait France, en pleine nuit, c'est ce que lui avait dit Maryse à propos de son chat et de la crevaison de la veille.

Je reprends la lecture de la lettre de Véronique.

Le lendemain, j'avais oublié la remarque nocturne de France au sujet de son chat et de sa crevaison. Après le déjeuner, au moment où je donnais le signal d'aller laver la vaisselle, France en exempta la petite Maryse parce qu'elle voulait lui parler. Lorsqu'elle vit cela, la grande Roxane vint voir France et lui expliqua qu'elle non plus ne pouvait laver la vaisselle car elle avait une blessure à un doigt qui risquait de s'infecter.  France, qui en avait vu d'autres, lui répondit qu'elle pouvait très bien l'essuyer. Roxane répliqua qu'elle pourrait peut-être aller balayer le dortoir. France, qui en avait vu d'autres, l'envoya quand même à la vaisselle en la sermonnant. Roxane allait insister, mais France, qui en avait vu d'autres, lui jeta un regard÷ disons÷ convaincant.

France et Maryse se retirèrent dans un coin pour parler. Après un moment, elles sont allées au dortoir et sont revenues discuter dans leur coin. Je devais m'occuper des autres filles, voir à ce que tout soit fait, et bien fait. Il me fallait aussi toujours courir après Roxane qui semblait vraiment tenir à faire autre chose que la vaisselle. Ce n'est que plus tard que France me mit au courant de leur conversation. Voici ce qu'elle m'en a dit.

France a demandé à Maryse comment elle a su à propos de son chat et de la crevaison de son automobile. Car elle n'avait parlé de cela à personne encore. Maryse lui révéla alors un don d'observation et de déduction absolument stupéfiant.

La jeune fille avait remarqué qu'à son arrivée, la veille, France avait le bas de son manteau et ses manches mouillés et salis par de la neige brune, mêlée de calcium. Or comme France habitait hors de la ville et qu'elle n'avait pas à passer par la ville pour venir ici, la seule explication de la neige sale, qui n'avait pas encore eu le temps de sécher, était un passage par la ville où elle aurait fait quelque chose qui aurait ainsi sali son manteau. Or son manteau étant assez court, il fallait qu'elle s'accroupisse pour que le bas du manteau touche le sol. Et la neige accumulée sur un pneu expliquait les taches de calcium sur les manches. France avait donc fait une crevaison dans un délai assez court avant son arrivée au camp et le manteau n'avait pas eu le temps de sécher. La seule possibilité étant donc qu'elle avait dû changer une roue entre le moment où elle était partie de chez elle et le moment où elle était arrivée au camp.

- Et le chat ? demanda France.
- Facile, répondit Maryse. Des poils de chat, de votre chat angora blanc, étaient visibles PAR DESSUS les taches sur vos manches. Et ces poils n'étaient pas collés dans l'humidité, ni même tachés comme le tissu. Les poils avaient donc du arriver là APRÈS que la roue soit remplacée, c'est-à-dire entre la crevaison et votre arrivée ici. Comme votre chat n'est pas ici, je déduis que vous l'avez reconduit quelque part, et même que c'est précisément pour cela que vous avez fait un détour par la ville. Or comme votre mari ou votre voisine peuvent nourrir votre chat, ou même puisque vous pouvez facilement laisser dans le bol du chat assez de nourriture pour deux ou trois jours, ce n'est pas pour le faire garder que vous l'avez transporté. L'endroit où vous avez conduit votre chat est donc le vétérinaire où il est resté en observation.

- Mais, dit France, cela ne veut pas dire qu'il soit malade. Il m'est arrivé de l'amener chez le vétérinaire pour un examen ou un vaccin.
- Dans ce cas, il ne serait pas resté en observation chez le vétérinaire. Vous auriez dû revenir chez vous, et dans ce cas, vous auriez sûrement nettoyé votre manteau à ce moment et non en arrivant ici, où vous ne disposez même pas de détachant. Non, vous deviez laisser le chat chez le vétérinaire et je peux donc en déduire que c'est assez sérieux.

À mesure que l'explication de la petite Maryse progressait, l'étonnement de France croissait. Effectivement, son chat était apathique depuis plusieurs jours et, vendredi, il y avait du sang dans sa litière. Tout de suite le vétérinaire avait tâté le chat et avait diagnostiqué un blocage de la vessie. C'était assez fréquent chez les mâles, mais il allait devoir installer une sonde pour lui retirer des cristaux de minéraux.

- OK, dit France en riant, 100% pour l'examen de détective. Tu sais que tu as un talent vraiment extraordinaire.
- Oh, non, seulement, je préfère REGARDER plutôt que seulement VOIR. Et j'utilise mes neurones !
- Tout de même, je ne connais personne qui peut faire ce que tu as fait.
- C'est, répondit Maryse, que les gens que vous connaissez se contentent de voir ce qu'on leur montre et de penser ce qu'on veut qu'ils pensent. Souvent, les gens ne cherchent qu'à l'aide d'idées préconçues qui les empêchent de vraiment voir ce qu'il y a à voir. Hier soir, par exemple, les gens cherchaient la personne qui venait de crier et de faire des bruits.
- Bien entendu, dit France, heureuse que la conversation arrive enfin sur le sujet. Mais il n'y avait personne d'autre que nous dans la maison, et nous étions toutes dans la salle lorsqu'on a cru entendre des bruits et des cris. Personne ne pouvait crier au même moment dans le dortoir.
- C'est vrai, répondit Maryse.
- Alors, qu'est-ce que tu pouvais savoir ?

- Je savais comment ces cris s'étaient fait entendre, répondit Maryse.
- Alors que nous étions toutes dans la grande salle ? relança France, qui se prenait au jeu de la petite détective.
- Alors que nous nous étions toutes dans la grande salle, répéta Maryse.

- Explique, concéda simplement France.

- Voilà, dit Maryse. La personne qui a crié et fait du bruit dans le dortoir n'était pas dans le dortoir. Simple, non ? ajouta malicieusement la petite Sherlock Holmes.

- Explique, répéta France, mais plus en détail !

- Voilà : comme cela arrive souvent, vous avez bloqué sur la seule question de savoir QUI avait fait les bruits et les cris. Mais comme nous étions les seules dans l'édifice, et comme les fantômes n'existent pas, il fallait plutôt se demander COMMENT on avait fait les bruits et les cris.

- On aurait crié à distance, demanda France, depuis la grande salle, dans une sorte de micro ?
- Mais non, répondit Maryse. D'ailleurs, cela, nous l'aurions probablement vu. Disons plutôt que la personne a crié à distance dans le temps.
- Quoi ? s'étonna France.
- Il serait plus simple que nous allions voir sur place, dit Maryse. Vous verrez ce que j'ai vu.

Elles allèrent dans le dortoir. Il était dans un état de désordre encore plus grand que la veille. Mais, assura Maryse, l'essentiel était toujours là.

- Regardez bien, dit Maryse. En entrant, hier, je savais ce qu'il fallait chercher. Il fallait trouver le moyen de crier sans être dans la pièce. J'ai compris lorsque j'ai vu ceci, dit-elle, en pointant la radiocassette.

France fut d'abord saisie, puis se donna une grande claque dans le front. C'était si simple ! Si simple. Mais n'était-ce pas TROP simple ?

- Il faut bien la faire fonctionner cette machine, il faut la mettre en marche, dit France.
- Bien entendu, répondit Maryse, mais on peut la mettre en marche longtemps d'avance. Il suffit d'enregistrer les bruits et les cris à la toute fin d'une cassette assez longue, et le tour est joué. On fait démarrer la cassette et à la fin, après qu'elle ait fait les bruits enregistrés, elle s'arrête toute seule. Aucune trace, ou presque.
- Presque, répéta France. En effet, il reste la cassette. As-tu vérifié ? demanda-t-elle?
- Non, répondit Maryse, l'armoire où elle est posée est trop haute pour moi. Et puis, il y avait toujours plusieurs personnes dans le dortoir jusqu'au déjeuner.
- Il me semble, dit France, que l'armoire est trop haute pour presque toutes les filles. La cassette y serait toujours ?

À ce moment, Roxane entra dans le dortoir.

-Roxane ? s'étonna France. Je t'ai demandé d'essuyer la vaisselle.
Roxane semblait bien malheureuse, elle regardait le sol en se mordillant la lèvre.
Maryse dit tout à coup "bien entendu, s'il n'y avait pas de cassette dans la machine, ma thèse ne serait pas bonne !"

Roxane releva la tête et commença à dire "elle est bonne. Je...", mais elle se tut en voyant Maryse faire des grimaces et un clin d'oeil.

- Quoi Roxane ? dit France. Continue ce que tu disais.

Mais Roxane se taisait, et se remit à regarder encore plus intensément le plancher, ne sachant plus quoi faire ni quoi dire.

"Roxane, va chercher la cassette.", ordonna France. La grande fille, à la torture, hésita, puis se décida d'un coup. Elle ouvrit l'appareil. Il était vide.

France était étonnée, mais pas autant que Roxane. Seule Maryse semblait à l'aise. Elle dit simplement : "hé bien, je me suis trompée".

France se plaça devant Maryse et lui dit "Maryse, tu me caches quelque chose, où est la cassette ?"

Maryse ne répondit pas, mais elle ne pouvait effacer le sourire de ses lèvres. Non pas que France n'avait pas l'air fâchée. Au contraire, elle avait l'air très fâché. Mais juste derrière, Maryse voyait Roxane, les yeux remplis de reconnaissance.

France ne fut pas dupe. Elle comprit très bien que Maryse avait enlevé la cassette de la machine, probablement en montant sur une chaise. Mais elle laissa tomber les reproches et l'enquête. Elle savait que la maison ne serait plus jamais "hantée", parce que le truc était maintenant éventé, révélé par le talent extraordinaire de cette fillette.

Cela s'est passé il y a plus de vingt ans. Maintenant, Maryse travaille dans la police, elle fait des enquêtes. Elle est excellente. Dans ses temps libres, elle est aussi animatrice scoute. Dans le même groupe, il y a aussi une autre animatrice qui est aussi sa grande amie. C'est une grande femme nommée Roxane. Elles sont inséparables.